L’écart salarial en pratique: Delhaize
Ingrid De Smet est caissière au Delhaize d'Alost et déléguée LBC-NVK. Elle a participé, avec d'autres militants et le permanent syndical Jeroen Vandamme, à l’élaboration d’une nouvelle classification des fonctions pour la chaîne de magasins à l'enseigne du lion. Il reste à attribuer les salaires aux nouvelles fonctions, ce qui fait l'objet pour l'instant de négociations suivies. Nous avons toutefois déjà demandé à Ingrid comment la nouvelle classification des fonctions peut, selon elle, réduire l’inégalité salariale entre les hommes et les femmes.
Comment se fait-il qu'il y ait des différences salariales entre les hommes et les femmes dans votre entreprise?
Eh bien, il y avait trois catégories pour le personnel des magasins: les catégories A, B et C. Vous commenciez toujours dans la catégorie A, la moins bien rémunérée et la catégorie C était la mieux rémunérée. Pour faire partie de la catégorie C, vous deviez aider à décharger les camions. Pour ce faire, vous aviez besoin d'un brevet et nous avions remarqué que seuls les hommes en avaient un. La direction invoquait l’élément de ‘lourdes charges’. Or, en réalité, ce n'était plus du tout pertinent car dans la plupart des cas, le chauffeur déchargeait lui-même son camion et tout le monde, hommes et femmes, amenait les palettes dans le magasin. L’élément ‘lourdes charges’ ne portait donc sur rien en réalité mais était bel et bien la raison pour laquelle les femmes étaient moins bien rémunérées que les hommes. Dans la nouvelle classification des fonctions, nous n'avons plus qu'une seule catégorie, donc ce problème devrait avoir été éliminé.
De plus, nous voyions également une différence entre les ‘chefs’ comme nous les appelons. Chez Delhaize, il y avait deux sortes de chefs: ceux à ‘haute’ responsabilité et ceux à responsabilité 'moins élevée'. Nous constations que les fonctions à haute responsabilité étaient exclusivement occupées par des hommes. Alors que la majorité des travailleurs sont des femmes ici. En pratique, la subdivision entre ces deux niveaux ne correspondait pas non plus. Un exemple: le poste de responsable des caisses, généralement occupé par une femme, était l'une des fonctions de chef les moins bien payées alors qu'il implique un très haut degré de responsabilité en réalité. À cet égard aussi, la nouvelle classification des fonctions devrait apporter une solution puisqu'il n'y aura désormais plus qu'un seul niveau de chefs.
Pensez-vous que l'introduction de la nouvelle classification éliminera l'inégalité salariale entre les hommes et les femmes?
Non, je ne le dirais pas. Nous avons certes pu rectifier certaines injustices mais des problèmes subsistent. Le travail à temps partiel reste un aspect très important. En règle générale, les hommes travaillent ici à temps plein et les femmes à temps partiel. De ce fait, lorsqu'une femme est engagée ici, elle ne reçoit jamais un contrat à temps plein, contrairement aux hommes. Un exemple: un réassortisseur qui travaillait à temps plein est parti et une femme a été engagée pour le remplacer. Elle a reçu un contrat de 28 heures, à temps partiel donc. Elle a arrêté au bout d'un moment et ils ont de nouveau engagé un homme pour occuper la fonction. Et que s'est-il passé? Il a débuté avec un contrat à temps plein! C'est donc une donnée qui persiste: l'homme à temps plein, la femme à temps partiel. Peut-être les inégalités ont-elles été partiellement éliminées, mais lorsque nous faisons le tour du supermarché, nous n’en voyons pas trop le résultat. De nombreuses femmes veulent travailler plus.
Passer d'un contrat à temps partiel à un contrat à temps plein est également très difficile. On doit vraiment se battre pour obtenir une heure de plus. La législation prévoit que si l'on preste durant six mois un plus grand nombre d'heures en moyenne, on peut obtenir un autre contrat, mais Delhaize bloque systématiquement cette possibilité. Ils font signer une adaptation du contrat aux personnes pour ne pas devoir adapter leur système. Ils ont ainsi la possibilité d'utiliser le personnel travaillant à temps partiel comme un tampon pour les moments de pointe. Nous tentons d'y remédier par le biais du conseil d'entreprise, mais nous devons compter sur la bonne volonté de la direction.
De plus, les hommes occupent encore toujours la majorité des fonctions dirigeantes. Il est très difficile pour une femme de percer. Surtout lorsque l'on sait que les fonctions à responsabilités sont considérées comme des fonctions à temps plein alors que la plupart des femmes ici, comme je l'ai déjà dit, sont souvent obligées de travailler à temps partiel. De ce fait, elles ne font pas carrière. Nous devons continuer à suivre cela de près car ces questions contribuent aussi à l’écart salarial entre les hommes et les femmes.




