L’écart salarial en pratique: Renson SA
Un élément me frappe lorsque je rencontre la délégation de Renson Ventilation: je suis face à face avec des hommes uniquement. Mais je comprends très vite que le sexe de la personne importe peu lorsqu'il s'agit de travail syndical. Ces trois militants enthousiastes sont catégoriques dans leur récit. Parce qu'à travail égal, salaire égal et que personne ne doit être discriminé, que l’on soit homme ou femme.
Comment avez-vous dépisté en réalité cette inégalité salariale entre les hommes et les femmes?
Nous recevions des plaintes de femmes qui soulignaient que certaines différences salariales n'étaient quand même pas normales. Elles effectuaient le même travail que leurs collègues masculins mais gagnaient moins qu’eux. Je me souviens encore très bien d’un exemple. C’étaient deux personnes qui travaillaient l'une à côté de l'autre, qui effectuaient le même travail mais gagnaient un salaire différent. C'est dû à une évolution dans le temps. En réalité, les salaires étaient fixés de manière très arbitraire et clairement au détriment des femmes.
Comment dès lors traiter un tel problème dans votre action syndicale?
Nous en avons discuté au conseil d'entreprise et avons décidé de le dénoncer. Il y a environ un an, nous avions frappé sur le même clou, mais notre employeur avait commencé par le nier. Et ce, alors que la CCT 25 (art. 1) stipule clairement que le même salaire doit être accordé pour le même travail. Cette CCT doit d’ailleurs être obligatoirement incluse dans le règlement de travail. Ces différences ne peuvent donc en principe plus exister nulle part.
Comment avez-vous fait alors pour que l’employeur vous écoute malgré tout?
Nous avons continué à rassembler des informations par différents canaux. Apparemment, c'était déjà le cas depuis les années 70. En outre, il existait encore une ancienne classification des fonctions très concise, qu'il fallait adapter d'urgence. Elle avait encore été établie dans l'esprit que ‘les femmes ne peuvent pas porter de pièces lourdes, qu’elles ne peuvent pas trop soulever d'objets et donc gagnent moins que les hommes’. C'est inacceptable bien sûr! L'article 3 de la CCT 25 dit qu’une classification de fonctions ne peut contenir des systèmes susceptibles d’entraîner une discrimination, ni dans le choix des critères, ni dans leur pondération. En d'autres termes, on ne peut établir aucune distinction de capacités. Voyez-vous, il y a des hommes qui peuvent soulever 40 kg et il y en a d'autres qui ne peuvent en soulever que 20. Ce n’est donc pas une raison pour justifier une différence de salaire. C’était très clair pour nous. Avec ces éléments en main, nous sommes allés plus loin.
Nous avons informé l'inspection sociale et avons introduit un ensemble de plaintes car cette inégalité de rémunération entre les hommes et les femmes n'était pas le seul point à propos duquel nous devions intervenir syndicalement. Les compétences de la délégation syndicale n’étaient pas prises au sérieux et la législation sur les heures supplémentaires n'était pas non plus très bien respectée. C’est en fait ainsi que tout a commencé.
Le fait d’introduire ces plaintes a donc été fructueux?
Oui, nous avons alors reçu de la direction tout ce que nous demandions: tous les salaires, toutes les fonctions, etc. En rassemblant toutes ces données, et après de nombreuses heures pour reconstituer le puzzle, nous avons obtenu une vue d'ensemble claire. Nous avons pu régulariser ces différences et nous avons actualisé par la même occasion la classification des fonctions. Nous avons réglé cette dernière de façon paritaire avec l'employeur.
Nous avons désormais également le droit de consulter les salaires, les fonctions et leur évolution. Nous continuerons certainement à tenir tout cela à l'œil. Nous avons l'intention de réaliser une évaluation plusieurs fois par an au conseil d'entreprise.
Quelle est la réaction du personnel aujourd’hui?
Eh bien, pour beaucoup, ces changements ont impliqué une sérieuse augmentation salariale. Certains ont gagné jusqu'à un euro de plus de l’heure. Ce n'est pas rien comme différence. Nous avons dès lors fait de notre mieux pour que chacun en prenne conscience dans notre entreprise. Les réactions ont été très positives. Même les hommes de l’entreprise n'y ont pas vraiment trouvé à redire. Eux aussi trouvaient logique ce que nous faisions.
Nous avons encore dû insister quelques fois car certaines femmes trouvaient qu’il n’était pas nécessaire d’aller si loin. Certaines auraient dû se retrouver en catégorie 6 mais trouvaient que la catégorie 3 était déjà bien suffisante. Nous avons donc dû frapper du poing sur la table à plusieurs reprises. Nous ne pouvions pas nous arrêter en chemin, n'est-ce pas ? Nous devions aller jusqu'au bout! Car à travail égal, salaire égal!
Merci, félicitations, et bonne chance pour les prochaines élections sociales!




